Qu’est ce que l’Ayurveda ?

Depuis longtemps, je suis convaincue que nous ne pouvons pas accompagner tout le monde de la même manière.

Chaque personne possède son histoire, son fonctionnement, ses besoins et ses propres équilibres. Une recommandation qui aide profondément l’une peut être inefficace, voire contre-productive, pour une autre.

Bien avant de découvrir l’Ayurvéda, cette idée faisait déjà partie de ma manière de voir les choses. C’est d’abord Jung, puis le MBTI, qui ont mis des mots sur ce que j’observais : nous ne fonctionnons pas tous de la même façon. Nos besoins, nos réactions, nos rythmes et nos ressources varient d’un individu à l’autre.

Lorsque j’ai découvert l’Ayurvéda, j’ai été frappée de retrouver cette même idée fondamentale, mais appliquée au corps. Là où Jung s’intéresse principalement à notre fonctionnement psychologique, l’Ayurvéda observe la personne dans toute sa globalité : son énergie, sa digestion, son sommeil, sa manière de réagir au stress, sa sensibilité au froid ou à la chaleur, son rapport à l’activité physique, à l’alimentation et aux rythmes de vie.

Ce qui me plaît particulièrement dans cette approche, c’est qu’elle ne cherche pas à faire entrer chacun dans une case. Au contraire, elle part du principe que nous sommes tous différents et que notre équilibre dépend en partie de notre capacité à comprendre notre propre fonctionnement.

L’Ayurvéda ne cherche donc pas à dire ce qui est bon ou mauvais de façon absolue. Il cherche à répondre à une autre question, bien plus intéressante :

« Qu’est-ce qui est juste pour cette personne, à ce moment de sa vie ? »

C’est cette manière de réfléchir qui m’a profondément séduite. Elle rejoint ma vision du yoga, de la biologie et de l’accompagnement : observer avant de conseiller, comprendre avant d’agir, et adapter plutôt qu’appliquer des solutions toutes faites.

Cet article est une introduction à cette approche : ce qu’est réellement l’Ayurvéda, ce qu’il n’est pas, et pourquoi il occupe une place centrale dans la méthode SATTVA YOGA.

Pourquoi deux personnes n’ont-elles pas toujours besoin des mêmes conseils ?

Nous connaissons aujourd’hui de mieux en mieux les grands principes qui permettent de préserver notre santé. Nous savons qu’il est important de bien dormir, de bouger régulièrement, d’avoir une alimentation équilibrée, de gérer son stress et de maintenir des relations sociales de qualité.

Pourtant, il suffit d’observer autour de nous pour constater qu’une même habitude ne produit pas toujours les mêmes effets chez tout le monde.

Certaines personnes se sentent en pleine forme avec une pratique sportive quotidienne, tandis que d’autres ont besoin de davantage de récupération. Certaines supportent facilement le jeûne, alors que d’autres deviennent rapidement fatiguées ou irritables. Une alimentation qui convient parfaitement à une personne peut provoquer des inconforts digestifs chez une autre.

Nous partageons tous les mêmes grands besoins biologiques, mais nous ne les exprimons pas exactement de la même manière.

C’est précisément à cette question que l’Ayurveda cherche à répondre.

Une médecine traditionnelle… mais pas seulement

L’Ayurveda est un système de santé traditionnel né en Inde il y a plusieurs milliers d’années. Le mot Ayurveda est issu du sanskrit et est composé de deux termes : Ayus, qui signifie la vie, et Veda, qui signifie la connaissance ou la science. On le traduit généralement par « la science de la vie » ou « la connaissance de la vie ».

Les premiers textes ayurvédiques, comme la Charaka Samhita ou la Sushruta Samhita, décrivent une approche particulièrement globale de la santé. Leur objectif n’était pas seulement de soigner les maladies, mais surtout de préserver l’équilibre de la personne, de prévenir les déséquilibres et de favoriser une vie longue et harmonieuse.

Aujourd’hui encore, l’Ayurveda est largement pratiqué en Inde et reconnu comme un système médical traditionnel. Comme toute discipline ancienne, certains de ses concepts doivent être replacés dans leur contexte historique et ne correspondent pas toujours aux connaissances scientifiques actuelles. En revanche, sa manière d’observer l’individu dans sa globalité reste, à mes yeux, particulièrement pertinente.

Car l’Ayurveda ne s’intéresse pas uniquement aux symptômes. Il prend également en compte le mode de vie, l’alimentation, le sommeil, l’activité physique, l’environnement, les saisons, mais aussi les caractéristiques propres à chaque individu.

Cette vision globale est probablement ce qui m’a le plus séduite.

Une approche qui complète les connaissances scientifiques

Ma formation de biologiste m’a appris à comprendre le fonctionnement du corps humain. Le yoga et l’Ayurvéda m’ont apporté une autre manière d’observer les personnes que j’accompagne. Pour moi, ces deux approches ne s’opposent pas — elles répondent simplement à des questions différentes.

La biologie explique comment fonctionne l’organisme humain et quels sont ses besoins fondamentaux. Nous avons tous besoin de dormir, de bouger, de bien nous alimenter, de récupérer. Ce sont des universaux.

L’Ayurvéda s’intéresse à la suite : comment ces besoins s’expriment chez telle personne, à tel moment de sa vie, dans tel contexte. Les bases sont les mêmes pour tout le monde. C’est leur mise en pratique qui devient personnalisée.

Pourquoi l’Ayurveda occupe une place importante dans mon approche

Les trois piliers de la méthode — corps, mental, alimentation — concernent tout le monde. Les besoins fondamentaux de l’organisme sont universels. Ce qui varie, c’est la façon d’y répondre.

Certaines personnes ont besoin de ralentir quand d’autres ont besoin de remettre du mouvement dans leur quotidien. Certaines mangent spontanément moins que leurs besoins réels, d’autres ont du mal à reconnaître leur satiété. Certaines retrouvent plus facilement leur équilibre avec une pratique douce et introspective, d’autres avec quelque chose de plus dynamique.

L’Ayurvéda ne remplace pas les trois piliers. Il permet de les personnaliser.

C’est pour ça que mes parcours commencent toujours par une phase d’observation — avant de proposer quoi que ce soit. Énergie, sommeil, digestion, rapport à l’alimentation, niveau de stress, activité physique, déséquilibres du moment : comprendre la personne dans sa globalité permet d’adapter les pratiques, les recettes et les routines de façon beaucoup plus juste qu’un programme standardisé.

Cette démarche prend un peu plus de temps. En revanche, elle offre quelque chose de bien plus précieux : une méthode d’observation que chacune pourra continuer à utiliser seule, longtemps après la fin du parcours. Parce que l’Ayurvéda ne cherche pas à dire quoi faire. Il apprend à mieux se comprendre.

Les doshas : des repères, pas des étiquettes

Quand on s’intéresse à l’Ayurveda, on cherche souvent d’abord à se situer : suis-je Vata, Pitta ou Kapha ? Comme si chacun appartenait définitivement à l’une de ces trois catégories.

C’est une vision trop simpliste.

Les doshas ne sont pas des tiroirs dans lesquels on rangerait les individus. Ils décrivent comment notre organisme fonctionne, les grandes tendances qui le caractérisent — rien de plus, rien de moins.

En réalité, nous portons tous les trois doshas en nous. Ce qui diffère d’une personne à l’autre, c’est leur proportion et la façon dont ils s’expriment. C’est ce qu’on appelle la Prakriti : notre constitution de base, notre terrain naturel, relativement stable au fil du temps.

Mais la Prakriti n’est qu’un point de départ.

Notre équilibre intérieur est en mouvement constant. Le sommeil, le stress, l’alimentation, l’activité physique, les saisons, les émotions, l’âge ou encore certaines maladies — tout cela influe sur nos doshas et peut créer ce que l’Ayurveda appelle un déséquilibre, ou Vikriti.

Cette distinction est fondamentale.

Deux personnes avec une constitution identique peuvent présenter des déséquilibres très différents et nécessiter des approches radicalement opposées. Et une même personne peut avoir besoin de recommandations distinctes selon les périodes de sa vie.

C’est pourquoi observer ce qui se passe maintenant est bien plus utile que de chercher une étiquette figée.

Observer avant d’adapter

L’Ayurvéda nous invite avant tout à développer une capacité d’observation. Des questions simples, mais essentielles :

  • Comment est mon énergie aujourd’hui ?
  • Mon sommeil est-il réparateur ?
  • Ma digestion est-elle confortable ?
  • Ai-je facilement faim — ou est-ce que j’oublie de manger ?
  • Mon mental est-il agité, impatient, ou au contraire ralenti ?

Ces questions peuvent sembler banales. Elles constituent pourtant le point de départ de toute démarche ayurvédique. Avant de vouloir changer son alimentation, sa pratique ou son rythme de vie, il faut d’abord comprendre ce qui se passe réellement.

Observer permet d’éviter deux écueils fréquents : appliquer les mêmes conseils à tout le monde, ou croire qu’une solution qui a fonctionné pour quelqu’un fonctionnera forcément pour soi. Une même recommandation peut être pertinente dans un contexte et totalement inadaptée dans un autre. C’est toujours le contexte qui lui donne son sens.

Se reconnaître dans les déséquilibres

L’un des aspects les plus intéressants de l’Ayurveda est qu’il nous apprend à observer les déséquilibres avant qu’ils ne deviennent trop importants.

Nous avons souvent tendance à croire que notre manière de fonctionner est simplement notre personnalité. Nous pensons être « comme ça ». Pourtant, certaines habitudes s’installent progressivement et finissent par nous éloigner de notre équilibre.

Le mental devient de plus en plus agité. Nous mangeons sans vraiment avoir faim. Nous nous mettons une pression permanente. Ou, au contraire, nous manquons peu à peu d’énergie et de motivation.

Ces changements sont rarement brutaux.

Ils apparaissent progressivement, au fil des mois ou des années, jusqu’à devenir notre nouvelle normalité.

L’Ayurveda nous invite justement à reconnaître ces signaux le plus tôt possible afin de pouvoir agir avant que les difficultés ne s’installent durablement.

Lorsque Vata est aggravé

Certaines personnes ont l’impression que leur cerveau ne s’arrête jamais.

  • Les idées s’enchaînent du matin au soir. Elles pensent à ce qu’elles doivent faire demain alors qu’elles sont encore en train de terminer la journée d’aujourd’hui.
  • Elles ouvrent parfois leur téléphone dès le réveil, passent rapidement d’une tâche à l’autre et ont souvent plusieurs projets en cours en même temps.
  • Il leur arrive d’oublier de manger parce qu’elles sont absorbées par leur travail, puis de grignoter rapidement quelques heures plus tard.
  • Elles ont du mal à rester sans rien faire. Même lorsqu’elles décident de se reposer, leur mental continue de fonctionner.
  • Le soir, elles se couchent fatiguées, mais les pensées continuent de défiler. Le sommeil est parfois léger, ponctué de réveils nocturnes, et le réveil n’apporte pas toujours la sensation d’avoir réellement récupéré.

Certaines me disent pendant les séjours :

“J’aimerais tellement réussir à ralentir… mais je ne sais pas comment faire.”

Lorsque Vata est aggravé, il ne s’agit généralement pas d’en faire davantage.

Le corps et le mental demandent surtout davantage de stabilité.

  • Des repas réguliers.
  • Une routine rassurante.
  • Une respiration plus calme.
  • Une pratique de yoga plus ancrée.

Petit à petit, le système nerveux retrouve un sentiment de sécurité.

Lorsque Pitta est aggravé

D’autres personnes fonctionnent tout autrement.

  • Elles aiment que les choses soient bien faites.
  • Elles anticipent, organisent, planifient et prennent souvent beaucoup de responsabilités.
  • Les autres les décrivent généralement comme fiables et efficaces.
  • Mais cette efficacité a parfois un prix.
  • Elles ont du mal à déléguer parce qu’elles pensent que ce sera plus rapide de le faire elles-mêmes.
  • Elles culpabilisent lorsqu’elles prennent du repos.
  • Elles répondent à leurs mails pendant leurs vacances.
  • Elles terminent une tâche avant même de s’autoriser à boire un café.
  • Lorsqu’un imprévu survient, elles sentent rapidement monter l’agacement.
  • Elles sont souvent beaucoup plus exigeantes envers elles-mêmes qu’envers les autres.

Pendant les séjours, j’entends régulièrement :

“Je n’arrive jamais à décrocher.”

Ou encore :

“J’ai toujours l’impression que je devrais être en train de faire quelque chose.”

Avec le temps, cette tension permanente finit par épuiser l’organisme.

Retrouver l’équilibre ne signifie pas devenir moins compétent ou moins ambitieux.

Il s’agit plutôt d’apprendre à laisser une place au repos, à accepter que tout ne soit pas parfait et à comprendre que prendre soin de soi fait aussi partie des choses importantes.

Lorsque Kapha est aggravé

À l’inverse, certaines personnes ont surtout le sentiment d’avoir perdu leur élan.

  • Elles savent ce qu’elles aimeraient changer.
  • Elles lisent des livres.
  • Regardent des vidéos.
  • Commencent parfois un programme avec beaucoup d’enthousiasme.

Puis, quelques jours plus tard, elles remettent tout au lendemain.

  • Le canapé paraît plus attirant que la promenade pourtant prévue.
  • Le réveil sonne plusieurs fois avant de réussir à se lever.
  • On repousse le début du changement à lundi.
  • Puis au mois prochain.
  • Puis après les vacances.

Cette difficulté ne vient pas d’un manque de volonté.

Elle traduit souvent un organisme qui manque simplement d’élan.

Et c’est parfois très frustrant, car ces personnes savent parfaitement ce qu’elles devraient faire.

Une fois qu’elles retrouvent le mouvement, elles découvrent souvent une qualité extraordinaire : la persévérance.

Ce sont fréquemment celles qui maintiennent leurs nouvelles habitudes le plus longtemps.

L’objectif n’est donc pas de bouleverser toute leur vie du jour au lendemain.

Il est simplement de remettre progressivement du mouvement dans le quotidien.

  • Quelques marches.
  • Une pratique de yoga adaptée.
  • Des repas plus légers.
  • Un rythme un peu plus dynamique.

Ce sont souvent ces petits changements qui permettent au corps de retrouver progressivement son énergie.

Vous vous êtes peut-être reconnu…

Si tu t’es reconnue dans certaines descriptions en lisant cet article, c’est tout à fait normal. Nous traversons tous des périodes où notre équilibre est plus fragile — le stress, les changements de vie, le manque de sommeil, certaines habitudes ou simplement le temps qui passe influencent notre organisme.

L’objectif n’est pas de devenir un Vata parfait, un Pitta parfait ou un Kapha parfait. C’est d’apprendre à reconnaître les signaux que ton corps et ton mental t’envoient — pour y répondre de façon plus adaptée.

C’est précisément pour ça que chacun de mes parcours commence par un questionnaire d’observation. Pas pour t’attribuer une étiquette — pour mieux comprendre ton fonctionnement à ce moment précis de ta vie. Ton énergie, ton sommeil, ta digestion, ton rapport au stress, tes habitudes alimentaires, ton niveau d’activité. Cette observation permet ensuite d’adapter les pratiques, les routines et les conseils de façon beaucoup plus juste que si les mêmes recommandations étaient proposées à tout le monde.

Deux personnes avec le même problème n’ont pas toujours besoin des mêmes solutions. C’est une évidence que j’ai du mal à voir contredite.

Au fil des semaines, tu apprendras progressivement à faire cette observation par toi-même. Parce que l’objectif n’est pas de dépendre d’un accompagnement toute ta vie — c’est de devenir autonome.

Conclusion

L’Ayurvéda est souvent présenté comme une médecine traditionnelle, une philosophie ou un art de vivre. Pour moi, il est avant tout une école de l’observation — un outil pour apprendre à mieux comprendre son propre fonctionnement, reconnaître les déséquilibres avant qu’ils ne s’installent, et adapter progressivement sa manière de prendre soin de soi.

Associé aux connaissances scientifiques actuelles et aux outils du yoga, il ne remplace pas les trois piliers — corps, mental, alimentation. Il leur donne une dimension supplémentaire : celle de la personnalisation. Nous partageons tous les mêmes besoins fondamentaux. Ce qui change, c’est la façon dont ils s’expriment — selon notre terrain, notre histoire, notre environnement, la période de vie que nous traversons.

Au fond, l’Ayurvéda ne cherche pas à nous dire qui nous sommes. Il nous invite à nous observer avec davantage de curiosité et de bienveillance. Parce qu’une personne qui apprend à s’observer devient progressivement capable de faire des choix plus éclairés — sans dépendre d’une méthode ou d’un programme pour le reste de sa vie.

Observer. Comprendre. Adapter. C’est là, à mes yeux, sa plus grande richesse.

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